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 Une goutte de quintessence dans un nuage d'ombre [PV Bram & Narcisse]

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MessageSujet: Une goutte de quintessence dans un nuage d'ombre [PV Bram & Narcisse]   Sam 1 Jan - 23:28


adminimpitoyable autocrate

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→ MESSAGES : 21
→ CITOYENNETÉ DEPUIS : 06/07/2010





© FoX / Goldenrosalie
une goutte de quintessence dans un nuage d'ombre
{Narcisse Colyton & Bram Hanseloff}


Elle erre dans un monde qui n'est pas le sien, somnambule, spectre lumineux qui saute d'un pan d'obscurité à un autre, agile, gracieux, élégant, presque félin. Elle observe ce monde qui lui est étranger, cette réalité antagoniste qui s'épanouit, totalement indépendante de sa réalité à elle. Intriguée, elle lève des yeux scientifiques, calculateurs, cartésiens, inquisiteurs, tentant de disséquer cette matérialité dont elle ne saisit pas les parties, cette réalité fragmentaire, qui est incomplète et impossible à cerner dans sa globalité. Curieuse, elle a la lueur pupillaire d'un être civilisé qui découvre pour la première fois un indigène au mode de vie diamétralement opposé, qui constate l'infériorité de l'autre race et la dépravation incommensurable de ses moeurs avec un dédain mêlé d'intérêt anthropologique. Elle opère des coupures, rapproche deux éléments, traite, examine, critique cette réalité hostile dans le but d'en dégager une prémisse capable d'expliquer comment une telle réalité rivale a pu se développer dans le noir, comme un parasite sans hôte qui réussit à survivre. Cela dépasse l'entendement humain. Du moins, le sien, puisqu'elle ne peut concevoir que d'autres ont un droit à l'existence alors qu'ils ne partagent pas le même monde qu'elle. Comment une telle vermine en est-elle venue à s'organiser pour survivre ? Comment ceux qui avaient été écartés de l'existence biologique par les lois darwiniennes ont-ils pu survivre alors qu'ils étaient condamnés, par l'ordre naturel des choses, à un trépas certain, expéditif et, surtout, inévitable ? Pourquoi ces immondices avaient-ils échappé à une fin inéluctable et à une fatalité cruelle, mais nécessaire ? Tourmentée par une fascination scientifique et purement eugénique, elle les voit défiler derrière la paroi vitrée ; ces pantins désarticulés, véritables délégations de loques décharnées, d'épaves humaines et de ruines sociologiques. Puis, un instant, elle se sent investie de la ferveur du biologiste qui, tiraillé par la soif inextinguible de l'impératif scientifique, ressent le besoin pressant de l'empirisme le plus élémentaire. Elle lève la main, commandement divin qui est exécuté aussitôt qu'il est exprimé, et la voiture s'arrête. Le chauffeur se retourne vers elle, lui demande, tremblant comme un ver à la merci du corbeau :

Ici, mademoiselle Hanseloff ? Cette partie de la ville semble scabreuse pour une dame de votre stature.

D'un autre geste, elle le fait taire et sort du véhicule. Submergée par la vue consternante du havre de cette race scélérate, elle réprime les affres physiologiques de son dégoût qui ont déjà rempli d'acide son oesophage. Son regard à l'éclat azurien s'attache quelques instants sur les édifices en décrépitude, sur le sol jonché de dépouilles matérielles. Rapidement, son mépris est occulté par l'intérêt eugénique qui l'a poussée à quitter sa forteresse de métal rutilant et elle est parcourue du frisson de l'inconnu. Altière, elle sort du lot, comme une goutte de quintessence dans un nuage d'ombre. Les quidams sans visages tournent la vacuité de leurs yeux vers le spectre lumineux qui déchire la pénombre et le gris du paysage. Elle n'a pas jugé bon de se vêtir de pénombre pour se fondre dans la masse délâbrée, préfère afficher son éclat avec fierté. De tous les pores de sa peau, sa hargne, son dédain, son écoeurement le plus profond coule librement, irradie et brûle comme le magma tous ces fantoches vulgaires et débauchés qui se livrent à une dépravation sans commune mesure une fois le jour subtilisé par le voile de la nuit.

L'oxygène vicié lui donne envie de vomir, lui retourne les tripes et ses boyaux s'emplissent de bile. À chaque pas, elle se heurte aux nuages toxiques et son regard est terni par la lourdeur de l'atmosphère constellée de particules chimiques. Pourtant, ce malaise est invisible et son masque n'a subi aucune entache. Elle demeure bloc de pierre entier face à l'érosion qui déchire ses strates intestines. Elle continue d'avancer parmi les ombres mornes, se fraye un chemin parmi l'ectoplasme crade et souillé que ces âmes déparaillées laissent dans leur sillon. Rebutée, elle s'engouffre dans une allée sinueuse. Adossé au mur de droite, un cadavre rongé par les rongeurs et un regard exorbité piqué de larves grouillantes. Inhumaine, elle pousse la charogne avec la pointe acérée de sa botte avec un mépris non dissimulé, faisant fuir les nécrophages dans des couinements stridents. Une carcasse de plus dans le ventre infâme de la basse ville. Pâture anonyme à l'estomac troué par les asticots qui finira, comme tant d'autres, dans les caniveaux des bas quartiers de La City. Méprisante, elle lui adresse un dernier regard condescendant et poursuit son chemin. Sous sa semelle, le gravas craque et se fracture. Le braillement de ses bottes se répercute sur les murs de l'étroite allée, s'amplifiant en bondissant d'un édifice à l'autre.

L'enseigne du Seventh Square grésille dans le soir, s'éteint et se rallume au rythme de ses pas, comme si sa présence elle-même réussissait à faire plier à ses volontés l'environnement qui l'étreint. L'oeil affolé du cerbère la toise de façon peu avenante, mais il s'efface devant elle quand il constate qu'elle serait capable de le faire plier à ses moindres caprices d'un simple claquement de doigt. Vaincu, il se rend sans même avoir livré bataille et va jusqu'à pousser sa défaite en lui ouvrant la porte. Satisfaite, un mince sourire se dessine sur ses traits, mais il s'évanouit aussi rapidement qu'il est apparru. Les mouches, qui se collent au bar comme à un tas de purin, lèvent des yeux avides et faméliques en voyant la brebis entrer dans la tanière des loups. D'un seul regard, elle parvient à les faire déchanter : la brebis n'est pas sans défense. Ils sont dominés par les phéromones de la reine qui vient d'entrer dans la ruche ; ils ont déjà réalisé qu'ils ont les poignets liés par une personnalité plus forte que la leur et s'écrasent sur leur siège. Féline, elle glisse vers une table. Écoeurée par l'insalubrité du siège qu'elle a choisi, elle demeure debout, immobile. En quelques secondes, le barman a rejoint son unique cliente féminine et désinfecte le trône de sa reine avant de l'aider à s'asseoir avec le peu de galanterie que lui permet son statut social. Satisfaite, elle lève une main et il lui apporte la meilleure bouteille de vin que sa minable cuvée lui permet de vendre. Rapides et inquisiteurs, ses prunelles observent le liquide grenat tomber dans la coupe énorme avec satisfaction.

Il est rare que le Seventh Square accueille une invitée aussi illustre. On se croirait presque jour de fête.
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MessageSujet: Re: Une goutte de quintessence dans un nuage d'ombre [PV Bram & Narcisse]   Dim 2 Jan - 11:57


visitorunborn criminal

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→ MESSAGES : 3
→ CITOYENNETÉ DEPUIS : 01/01/2011

— JOB : Raclure poisseuse




Hinhinhin. La petite crapule décharnée se marche sur les pieds avec un amusement fatidique. Une espèce d'aura imprègne ses vêtements, aura de délabrement, aura de pourriture. Allègre charogne aux tympans explosés. Ses clous bleus exorbités se vissent sur le liquide brunâtre, qui nageotte au fond d'une choppe. Brasse, brasse, brasse. Et il suit d'un œil torve l'écume baveuse, peut-être enragée, sait-on jamais ? ... qui dégouline le long des parois de sa prison. Une ampoule se tortille au plafond. Nord, nord est. Ballet du pendu. Irradiant quelques verres de sa lumière pisseuse. Ou peut-être dégueulant jusqu'à n'avoir plus une once de courant dans ce petit bout de filament triste et éploré.
Le jeune débauché ne saurait, à vrai dire, trop déterminer depuis combien de temps il se dandine au dessus de son comptoir crasseux fétiche. Des heures peut-être ? Ses globes oculaires veulent lui fausser compagnie, ils ne cessent de rouler dans leurs orbites, malicieuses petites choses. Ils troublent sa vision de la salle avec une sournoise volonté. Sa bouche, pâteuse, ne lui laisse plus d'autre alternative, semble-t-il, que celle d'agiter voluptueusement sa main en l'air, dans l'espoir de quémander un peu plus de poison. Et finir la soirée mi figue mi poire. Glarg. C'est déjà la glaire et la bile qui s'amoncèlent comme des petits morceaux de son estomac, au fond de sa gorge, présage imminent d'une descente dans la ruelle. Mais pas encore. Pas encore.
Le blondinet préfère s'enchaîner un peu plus à ce soutien rigide. Hoquetant devant les émulsions suspectes de son nectar. Colyton se livre à une cruelle damnation, avec un instinct presque masochiste. Délicieuse torture que de se pourrir la cervelle de fond en comble, d'en arracher la matière visqueuse, de la faire flamber, comme une banane crépitant, grésillant au fond d'une poêle. Sauvage massacre à l'alcool bon marché, au goût rance.

— Pipi Longstocking, glousse-t-il tout bas. Pipi Longstocking ...

Justement, il ne sait ce que Pipi Longstocking oserait lui faire, si jamais il mentionnait tout haut ce petit sobriquet improvisé. Les idées ont beau se confondre, fusionner, dans son crâne de piaf, il n'en reste pas moins une certaine lucidité. Ce doit être une terreur génétique. L'une de celle qui vous est inspirée au moins autant par la raison que l'histoire. Un petit frisson remonte entre ses côtelettes écrabouillées et provoque une soudaine montée d'adrénaline. Oh, quelle chance ! Soir de fête que la venue d'un ange parmi les sauvages. Bien inconscient, il faut le dire.
Le furet traîne son pelage maculé de saloperies en tout genre au travers de ses confrères pouilleux. L'un ou l'autre coup de coude. Et le voici qui grappille du terrain en direction de cette table douteuse que la belle aseptisée jauge avec un morne dégoût. Il faut dire que la péronnelle a des goûts de luxe ; chose, qui, en ce bas monde, est au moins autant superflu que de mauvais goût. Pauvre petite garce. Ses godasses crevées lèchent le sol piétiné et en souffrance, buttent contre l'une ou l'autre talonnette, écrasent l'un ou l'autre orteil placide, et finalement viennent terminer leur course dans un léger chuintement asthmatique. L'infecte pustule se greffe sur la chaise, juste en face d'Elle. Examine un instant son minois charmant. De toute évidence, quelque chose cloche dans cette sculpture d'albâtre. Une sorte de parfum exhale de la donzelle en question, quelque de vaporeux et mousseux, une fragrance nébuleuse et cabotine. Répugnant, juge-t-il.
Ce qui ne l'empêche guère de faire joli cœur, joli minois. Il n'est jamais très prudent de se mettre à dos une éminence grise, pourvoyeuse du pouvoir. Et de sortir un sourire un peu trop carnassier. Qu'importe. Sa sobriété presque regagnée, le marmot cupide s'empresse d'interroger sa cervelle macérant dans une jus putride. Pourquoi ?

— Voilà une bien téméraire descente aux enfers, pour une bichette effarouchée, non ? Ce n'est peut-être pas très ... judicieux, en fait.

A moins qu'elle ne soit venu pour lui. Clic. Un tic nerveux fait sursauter son sourcil gauche, et la paranoïaque sort son briquet. La sadique sorcière de la City aurait-elle pu ... par un très curieux hasard. Non, juge-t-il.

— Une affaire, peut-être, hm ... ? demande-t-il. J'ai toujours pensé qu'il y avait tout un tas de trucs à faire par ici ...

Il hésite entre un ton ronchon et sucré. Sais-t-on jamais à quoi s'attendre avec de telles péronnelles déjantées. Et là émerge la vision de Pipi Longstocking, riant aux éclats d'une petite voix suraïgue, aigre et tenace, colosse colérique à la poigne de fer. Un instant la question de l'interlocutrice se pose. Vous ou tu ? Devant une marâtre qui peut vous envoyer à la guillotine comme bon lui semble, peut-être vaut-il mieux employer une obséquiosité millimétrée. Peut-être aussi une nette conscience d'infériorité. Le rejeton baveux contre la fillette platine.
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